À Propos

Démarche

Les travaux que je présente ici sont la résultante de glissements ou de chevauchements d’éléments à travers plusieurs espaces. Ces éléments proviennent d’un monde fait de flux d’informations, un monde bouillonnant qui se mue et s’étire au gré de nouvelles innovations (intelligence artificielle, outil de mise en réseau ou de mise en situation d’une réalité virtuelle…) Ces mêmes éléments habitent aussi une dimension onirique ou poétique, un monde des possibles, sans contrainte ni dépendance, un univers sans doute étrange que l’on pourrait rapprocher du virtuel psychique de Winnicott1. Ces travaux sont des images mentales, des fantasmes qui mettent en scène ces éléments rapportés des mondes numériques.

 

Cette démarche se fonde sur une obsession liée aux univers virtuels et à la virtualisation de notre monde, elle prend corps dans une altération de ces derniers. Il s’agit donc de dépasser la perception, de passer à travers l’artifice par lequel un virtuel s’actualise pour connaître le levier qui le fait fonctionner, en somme comme pour un tour de magie, connaître le principe à l’œuvre dans l’illusion.

 

Le travail se construit donc dans cet aller-retour entre un objet qui me touche par son aspect novateur et son analyse. Passé sa découverte, vient une phase d’étude: quels sont les modèles qui participent à son fonctionnement ? Une fois le voile de la fascination levé, l’objet se voit réincarné dans une fiction qui tend à réutiliser ses principes et ses artifices en l’intégrant à mon imaginaire. De là se fabrique une vision mentale qui conduit à une altération du fonctionnement (d’un ou de plusieurs modèles), comme pour figer l’objet dans son immédiateté, voire de le rendre incohérent ou inactif.

 

Chat procède de la sorte, il emprunte au monde de la technologie ses agents conversationnels (ou chatbots) en leurs donnant des paroles de penseurs et de scientifiques pouvant décrire des modèles à l’œuvre dans la création et l’évolution d’internet. Une fois l’archive propulsée ou animée artificiellement, ces auteurs échangent dans un espace similaire à celui d’internet avec une dimension temporelle problématique. De la Grèce antique au monde contemporain, un fil, prenant l’apparence d’un dialogue, se tend. Une vision fantasmée d’un internet où Héraclite pourrait communiquer avec Alan Turing ou Aaron Swartz2. Cette messagerie ne partage pas l’immédiateté d’un chat traditionnel, les échanges ne sont absolument pas instantanés, ici il n’y a que l’immuable archive animée par un algorithme parodie ou mime un réseau social. On entrevoit en arrière plan une évolution négative d’internet, commencée il y a une dizaine d’années, entre la version archive et la version dite 2.0, celle où l’utilisateur participe de manière active à la production d’une archive. De dialogue, il n’en reste que la forme car le fond révèle une cacophonie ou un ensemble de monologues entrecoupés.
Chat réutilise le modèle de la messagerie en ligne mais aussi la forme, il s’agit bien d’une duplication du modèle étudié qui n’est pas une constante de ma démarche artistique.

 

Il s’agit donc d’analyser les modèles liés à un objet pour rapidement n’en dégager qu’un (le modèle ici fait référence au schéma théorique visant à rendre compte d’un processus, des relations existant entre divers éléments d’un système complexe).

 

L’analyse permet ainsi de replacer un modèle de fonctionnement dans un nouveau contexte.
The exchange qui évoque la crise des subprimes, associe deux réalités, deux bâtiments que sont Wall Street et l’Althing (parlement Islandais), deux architectures qui ont chacune une présence, une réalité géographique avec un espace qui leur est propre. Ce projet les virtualise au sein d’un même espace complètement dématérialisé (dans le sens ou il doit être perçu par le biais d’une interface numérique). Le virtuel dans cette crise financière est partie prenante du réel puisqu’il a engendré des impacts lourds sur les sociétés industrialisées. À la base de cette crise ce sont des flux d’informations, des modèles économiques et financiers, des ordres d’achats et de ventes qui parcourent les sillons du réseau avant de déclencher ce séisme boursier. La forme de la vidéo et de l’animation a été retenue afin de représenter l’aboutissement de ces flux dans une matière plus inerte, moins fugace. Cette vision d’un parlement islandais au sud de Manhattan tend à dépeindre une barrière invisible mais réelle qu’est la fermeture temporaire du marché islandais aux marchés mondiaux.

 

Les objets choisis comme point de départ de chaque projet ont donc en commun qu’ils participent à une virtualité même s’ils peuvent se manifester de manière présente. Ces objets partagent également un absolu: l’ubiquité, la multiplicité, la complexité à saisir leur essences ou leurs identités sont la base de ma réflexion.

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