Réflexion

Programme vidéo projeté, caméra USB, dimensions supports et formes variables, 2014.

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Réflexion est une installation vidéo projetée, son titre utilise la polysémie du terme. Tout d’abord avec son système de capture vidéo, elle restitue visuellement l’espace dans lequel elle est exposée comme un miroir. Puis, dans un deuxième temps, elle témoigne du cheminement des pensées qui m’ont conduit à son élaboration, des réflexions sur notre conscience du temps, sur la nature du temps.

Réflexion est constituée principalement d’un programme qui capture en temps réel des images pour les analyser. Le programme interprète les écarts de luminosité et découpe la capture vidéo en un certain nombre de faces. Il replace ces faces sur des cubes dans un espace 3D en plaçant les cubes les plus lumineux en avant.

Cette installation interroge notre rapport au temps, elle retransmet des cubes vidéo avec un délai d’une dizaine de secondes. Ainsi l’image du spectateur est d’abord captée par le dispositif avant que celui-ci prenne conscience que cette captation est retransmise.

Ce processus de capture en temps réel et de retransmission en différé qui est une citation de Going Around The Corner de Bruce Nauman ou Present Continuous Past(s) de Dan Graham, où le « sentiment de la durée » développé par Bergson dans l’Évolution Créatrice (avec l’exemple du sucre qui fond dans l’eau) est mis en abîme. En effet dans ce livre Bergson émet l’hypothèse que les objets, les choses ont une durée similaire à notre durée intérieure.

[…] Détendons-nous maintenant, interrompons l’effort qui pousse dans le présent la plus grande partie possible du passé. Si la détente était complète, il n’y aurait plus ni mémoire ni volonté: c’est dire que nous ne tombons jamais dans cette passivité absolue, pas plus que nous ne pouvons nous rendre absolument libres. Mais à la limite, nous entrevoyons une existence faite d’un présent qui recommencerait sans cesse, plus de durée réelle, rien que de l’instantané qui meurt et renaît indéfiniment. Est-ce là l’existence de la matière ? Pas tout à fait, sans doute, car l’analyse la résout en ébranlements élémentaires dont les plus courts sont d’une durée très faible, presque évanouissante, mais non pas nulle. On peut néanmoins présumer que l’existence physique incline dans ce second sens, comme l’existence psychique dans le premier. […]”

– L’Évolution Créatrice Henri Bergson (1907) p122-123