24 morceaux attendus

Cette création a été produite grâce à un système aléatoire de fragmentation de plans. Le processus démarre avec un seul plan et à chaque itération de l’algorithme, un plan est séparé en deux, ce processus se répète et les parties obtenues lors de la première fragmentation sont elle-même re fragmentée. L’aléatoire intervient dans le choix du plan à fragmenter, dans l’axe de la découpe et dans le choix des longueurs des deux parties.

Ce processus permet d’obtenir rapidement une composition similaire à celle des tableaux de Piet Mondrian. Comme l’indique le titre, le processus doit s’arrêter dès que le plan initial a été divisé en vingt-quatre parties, ensuite, cette composition est reportée six fois sur les six faces d’un cube.

Cette expérimentation est elle-même répétée vingt-quatre fois, ce qui permet d’obtenir vingt-quatre compositions différentes et donc vingt-quatre cubes. Ces vingt-quatre variations ne sont pas autonomes, elles partagent le même support : une feuille de papier A1. Il s’agit donc d’une série où chaque composition n’a de valeur que si elle est interposée entre ces semblables. Tout l’intérêt de ce travail réside dans la diversité et dans la similarité des compositions obtenues.

L’ensemble du dessin n’est pas le fruit d’une seul exécution du programme mais de plusieurs, il propose ainsi au spectateur un panel de vingt quatre résultats possibles parmi des millions que pourrait générer ce programme. Le spectateur peut également expérimenter ce programme avec son navigateur en se rendant à l’adresse : forsaken-ideas.nicolas-lebrun.fr.

Empreinte

Ces quatre formes, que l’on peut rapprocher de pictogrammes ou de QR codes, sont construites en deux temps. Une grille avec un motif de différentes tailles va composer des pleins et des creux puis cette structure va servir de support pour placer des points qui vont grandir en formant des lignes. Ce phénomène de croissance imite des formes organiques qui répondent ou s’opposent à la régularité de la grille. Il y a une ambiguïté entre ces deux motifs, on ne distingue pas s’ils sont superposés ou s’ils forment un seul et même élément.

Cette grille est elle morcelée ou alors absorbée ou composée par des organismes ?

On retrouve un dualisme entre le commun et le singulier d’un travail génératif en série et une forme qui s’apparente à un signe : lettre, chiffre ou pictogramme, altéré par un processus qui imite la nature. Empreinte nous parle de ces infimes interstices où se développe l’altérité.

Il est possible de créer de nouvelles variations en expérimentant le programme à l’adresse suivante : forsaken-ideas.nicolas-lebrun.fr

Carceri d’invenzione

Ce court métrage évoque l’œuvre de Giovanni Battista Piranesi, Carceri d’invenzione, une série de gravure de prisons imaginaires aux dimensions prodigieuses et aux formes labyrinthiques.

La caméra s’engage en direction d’une cours intérieure, survolant des coursives, des arches et des escaliers, elle tente d’avancer au centre mais par une disposition de plans imbriqués ou enchevêtrés, elle revient toujours à son point de départ. L’extérieur se retrouve ainsi à l’intérieur et le début est la fin. Cette prison comme celle du graveur du XVIIIe siècle est avant tout mental.

Cette boucle vidéo, ce travelling avant, montre un espace qui se répète comme une figure fractale. On retrouve la structure de l’ensemble en agrandissant une partie du modèle.

Série des attracteurs

Ces représentations sont le fruit de l’utilisation d’une formule mathématique découverte par Clifford A. Pickover. L’attracteur est un objet pratique inhérent aux systèmes dynamiques, des systèmes qui évoluent de manière irréversible avec le temps (climat, météo, système solaire…). La théorie du chaos repose essentiellement sur cet objet théorique qu’est l’attracteur. L’attracteur fournit un modèle pour prédire le comportement de plusieurs éléments au sein d’un système soumit à un chaos déterministe, c’est dire que sans avoir une connaissance précise des conditions initiales dudit système, l’attracteur permet de définir le comportement d’un grand nombre d’éléments.

Il s’agit donc de représentations visuelles de l’action d’un attracteur mais celle-ci ne détermine pas le comportement d’un grand nombre de particules mais d’une seule.
En effet pour tracer un dessin, un seul point a été placé au centre du plan au démarrage du programme. Il s’agit de montrer comment l’attracteur a déterminé la position de ce point, de cette particule (à partir de sa position précédente) un million de fois.

Les différences de tracé que montre la série proviennent des variations des conditions initiales d’une visualisation à l’autre. Ces conditions ont été choisies aléatoirement lors de simulations antérieures et leurs valeurs ont été enregistrées en fonction de la qualité plastique ou graphique du résultat obtenu et de la réussite de la simulation (il est possible qu’avec certaines conditions le point ne se déplace pas).

L’usage du cyanotype comme procéder de reproduction vise à un intégrer à la première expérience un second déterminisme, cette fois-ci chimique, qui sous l’action d’un rayonnement ultraviolet donnera corps à la représentation.

Volutes

Volutes est une simulation de déplacement d’organismes. Ce programme déplace des traits avec un système de polarités qui évolue dans le temps. Il crée des courbures et des amas fabriquant ainsi des formes.

Ces représentations abstraites et autonomes évoquent par l’aspect liquide de leur environnement, leur nature virtuelle intrinsèque.

Il est aisé de percevoir dans ce ballet de lignes, nos propres cheminement sur les réseaux numériques, et c’est dans l’actualisation de ce système, dans ce rythme donné par la machine, que cette métaphore est la plus prégnante.

Visionner le programme Volutes est comparable à l’observation des nuages ou de tests de Rorschach, le sujet devient presque plus important que la représentation elle-même. Pour autant celle-ci tente par le biais d’artifices de séduire le spectateur. L’aspect tridimensionnel donné par le mouvement et les vides qu’il provoque est complètement illusoire, tout les éléments s’inscrivent dans le même plan, c’est le cerveau qui interprète l’évolution des courbures comme la cause d’un relief. C’est par l’artifice que le programme cherche à provoquer la séduction, et bien que s’offrant au regard, il n’en demeure pas moins insaisissable car ni le spectateur, ni même son auteur ne peuvent interagir dans son fonctionnement. Il s’agit d’éléments graphiques autonomes qui s’autorégulent.

Jusqu’ici tout va bien

Ce programme anime une chute incessante à travers un corridor. Le déplacement dans cet espace géométrique, minimal et filaire est rythmé par une phrase qui donne le titre à cette pièce, jusqu’ici tout va bien. Cette tirade de Hubert (Hubert Koundé) issue du film La Haine (Mathieu Kassovitz, 1995) se retrouve projetée à l’infini dans ce tunnel. Le constat pourrait être celui du programme en train de vérifier que la construction sinuant au gré des virages est cohérente. Cependant si on se base sur le film dont est tirée cette phrase on se rend compte qu’elle n’est en fait pas un constat.

 

C’est l’histoire d’un homme qui tombe d’un immeuble de cinquante étages. Le mec, au fur et à mesure de sa chute, il se répète sans cesse pour se rassurer : jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien.
 
Mais l’important n’est pas la chute, c’est l’atterrissage.

Il s’agit d’un moyen d’atténuer le stress d’une condition extrême, de fermer les yeux face à un danger imminent. Néanmoins cette phrase évoque une situation particulière dans la bouche de Hubert, celle du devenir d’un banlieusard semblable à une tragédie grecque ou les personnages ne semblent pas maîtres de leurs destins et courent inexorablement à leur perte. Cette phrase revient à la toute fin du film, non plus comme une métaphore car le sujet décrit n’est plus un homme, mais une société.

Dans ce programme, l’histoire semble figée avant sa fin, le constat se répète mais la chute n’intervient jamais.

The Exchange

Ce projet a comme point de départ un détail de la crise de 2007-2009 communément appelée crise des subprimes. Il s’agit de la mise en place d’un contrôle des capitaux du gouvernement islandais de 2008 à 2017 qui empêchait les étrangers détenteurs de couronne islandaise de les vendre. Une monnaie, un territoire. Le New York Stock Exchange bâtiment emblématique de l’économie de marché a été modelé bout par bout en 3D. La déambulation virtuelle qui est proposée ici, s’est construite dans une analogie avec les systèmes d’échanges des marchés mondiaux.

Entre A et B, un ordre d‘achat, une caméra se déplace, elle passe les contrôles, il faut vérifier l’identité, l’authenticité de A et de B, des ordres sont émis par voie électriques entre différents composants d’un système et se répercute sur les autres. Entre les serveurs, les terminaux mobiles, des câbles sous-marins aux écrans LED. Cette animation montre une pause dans cette frénésie, elle montre une prise de pouvoir, l’architecture ici devient un symbole des différentes forces à l’œuvre dans l’économie.

Chat

Ce projet qui allie dessin au crayon et programmation nous parle de savoir, ce groupe d’hommes est constitué d’inventeurs, de philosophes, et d’écrivains. Il représente différents types de connaissances.

Gros plan sur le dispositif numérique (écran et micro-ordianteur)Le volet numérique de ce projet reprend le format d’un chat ou d’une messagerie instantanée à la différence que son fonctionnement est altéré: les différents protagonistes du chat ne sont pas des personnes immédiatement connectées à cette interface. Ils existent ou dans la plupart des cas ont existé, leurs différents commentaires proviennent d’archives. Cette messagerie n’a donc de spontané que l’affichage des commentaires puisque l’existence de ces textes est antérieur à la création de cette messagerie. Ces messages sont donc choisis par un algorithme pour être affiché, une intelligence artificielle basique nous livre les écrits de personnes qui ont œuvré ou qui œuvrent pour la connaissance.
Portraits des protagonistes du chat (Scan)
Comment dans ces conditions peut-on envisager le dialogue ou du moins ces échanges de commentaires ? Tout d’abord, même si le texte a existé, l’échange entre ces différents protagonistes est moins évident, pour certains auteurs n’ayant pas vécu à la même époque, on ne peut l’envisager comme unilatérale, le texte de l’auteur d’une époque antérieur peut parvenir à un autre auteur plus récent, mais pas l’inverse, donc l’échange en tant que tel ne peut pas exister. C’est pourtant ce que suggère ce programme, il met donc en scène, une discontinuité temporelle, ce qui peut rapprocher le lieu de cette discussion d’une utopie, dans le sens étymologique, dans aucun lieu.

 

 

 

Chat @CACN - Internet of me

Sous-jacent à cette question, les différentes évolutions d’internet montrent là aussi un retour en arrière, le web 2.0, celui de l’interaction et des réseaux sociaux, se retrouve parodié par la version traditionnelle d’internet axé sur la distribution d’information.

 

Accéder au chat

Éc(h)o Système

Il s’agit d’un happening : le déplaçement d’un atelier dédié à la musique electronique. Cet atelier est fonctionnel et est présenté en fonctionnement, une piste son composée d’échantillons, de partitions joue en boucle ou par intermitence sous l’action d’un performeur. L’interêt n’est pas dans la qualité musicale, rythmique ou harmonieuse de cette bande son, il s’agit de matière brute, d’une composition en devenir, de premiers jets qu’il faut arranger, mixer puis finaliser dans un master.

Ce qui est donné à voir, c’est un petit studio que l’on pourrait aisément transposé sur une scène, il s’agit d’une création en transition, un morceau en préparation dans son écosystème.

Ce projet est un remix d’une partie du triptyque Atelier.

 

 

 

 

 

 

 

l’île

L’île est issue d’un travail de modélisation et de mise en place de textures. Elle parle de l’aspect numérique, mouvant ou fluide. La mer et les nuages nous rappellent à ce mouvement incessant et à la nature ambivalente des îles.
Pour les occidentaux, elles signifient liberté, nudité, lieu privilégié du naturalisme et de la permissivité .
D’un point de vue étatique, l’île est synonyme d’isolement. C’est pour cette dernière raison que les états s’en servent pour accueillir des prisons (Alcatraz, Château d’If, Île de Sainte-Marguerite, bagnes de l’époque coloniale…). Si l’île est le lieu de l’introspection comme le laisse penser la prononciation du terme en anglais, island, I land, littéralement la terre ou territoire du Moi, elle ne se définit plus par sa partie immergée, mais par l’étendue d’eau qui l’entoure.

Cette île, de par sa provenance virtuelle, parle bien évidemment d’isolement, mais ce microcosme inhabité et clos pourrait être le lieu d’un nouveau départ.

L’île est ce que la mer entoure, et ce dont on fait le tour, elle est comme un oeuf. Œuf de la mer, elle est ronde. Tout se passe comme si, son désert, elle l’avait mis autour d’elle, hors d’elle. Ce qui est désert, c’est l’océan tout autour. C’est en vertu des circonstances, pour d’autres raisons que les principes dont elle dépend, que les navires passent au loin et ne s’arrêtent pas. Elle est désertée plus qu’elle n’est un désert. Si bien qu’en elle-même elle peut contenir les plus vives sources, la faune la plus agile, la flore la plus coloriée, les nourritures les plus étonnantes, les sauvages les plus vivants, et le naufragé comme son fruit le plus précieux, enfin pour un instant le bateau qui vient le chercher, malgré tout cela elle n’est pas moins l’île déserte.

⁃ Gilles Deleuze (1953 – 2002) L’île déserte et autre textes, édition préparée par David Lapoujade Les Éditions de Minuit (Paradoxes)