À Propos

Biographie

Nicolas Lebrun est né en 1985 à Carpentras (France), il est diplômé de l’école des Beaux-arts de Montpellier, ville où il vit et travaille depuis.
Initialement intéressé par la musique, il développe depuis 2010 une pratique artistique à l’aide de protocoles de créations, ce qui l’amène souvent à avoir recours à la programmation. Sa recherche mêle imagerie scientifique et abstraction. Ces pièces revêtent souvent la forme d’une liste ou d’un lexique (variations autour d’une même forme ou d’un procédé, échantillonnage de média ou d’archives, travail en série…).

La démarche générative

La principale caractéristique d’une œuvre générative est qu’elle est définie par un enchaînement qui comporte un certain nombre de règles. Le tableau est déterminé en deux temps : concevoir le protocole puis observer s’il fonctionne en répétant plusieurs fois le déroulement de cette suite de décisions et d’actions.

On peut le voir comme une partition de musique qui comporterait un certain nombre de trous ou de flous. Ces zones d’ombres sont les phases où le protocole permet plusieurs résultats possibles. Il s’agit donc plus de dédoublement de la portée que d’un trou dans la partition. Chaque parcours du processus va nous renseigner sur la justesse de cette conditionnalité. Est-ce que les forces, les tensions auxquelles sont soumis les éléments de la composition sont bien définies ? Est-ce que l’on doit limiter ou étendre la conditionnalité de chaque scenario ? Chaque parcours de ce cheminement va donner lieu à une interprétation singulière, une somme de possibilités offerte par le protocole à un moment donné. À chaque fois que le tableau se fige, on retrouvera une structure, un cadre qui reste constant et des éléments qui varient selon les possibles. À ce stade, on comprend qu’une interprétation, seule, et moins intéressante qu’une série, qui permettra de rendre plus visible ou lisible les règles de construction du tableau.

Ce jeu des sept erreurs permettra au spectateur de mieux saisir les éléments qui varient peu de ceux qui, au contraire, sont indéterminés. Comme pour la musique, il s’agit de séparer la matière écrite, les constantes, des possibilités offertes par l’interprétation. Cette notion de possibilité on la retrouve dans ce que François Morellet nomma le hasard programmé.

La méthode générative produit des changements dans la manière où l’artiste interagit avec la matière.

  • Le croquis préliminaire est avant tout conceptuel, il s’agit de décider quelles seront les forces à l’œuvre dans la composition et parmi celles-ci, celles qui seront constantes et celles qui peuvent évoluer.
  • L’artiste devient un spectateur de sa propre pratique : il détermine un certain nombre de caractéristiques qui vont lui permettre d’anticiper la forme finale, de préfigurer ce que sera le tableau, mais, le hasard programmé comportera toujours une part d’inattendu. De même les erreurs, les bugs peuvent apporter leurs lots de surprise et même être assumés donc intégrés en tant que tels dans le processus qui déterminera l’aspect d’une création.
  • La personne qui pense ou établit le protocole n’est pas forcément celui qui l’interprète. Cela revient à confier ou déléguer la construction de la composition à un tiers qui n’a pensé le tableau, il ne sait pas quel résultat il doit obtenir. Il ne s’agit donc pas de réaliser des copies mais de suivre un mode d’emploi ou une recette de cuisine.

Il est à noter que bien souvent les artistes de ce mouvement — l’art génératif — créent des outils spécifiques ou détournent des outils de leur usage premier (hacking) pour exécuter une tâche du protocole. Dans la plupart des cas, cette ingénierie ou appareillage sert de moteur décisionnel.

 

J’ai, pendant vingt ans environ, produit avec beaucoup d’obstination des œuvres systématiques dont la ligne de conduite a été de réduire au minimum mes décisions arbitraires. Pour limiter ma sensibilité d’« Artiste », j’ai supprimé la composition, enlevé tout intérêt à l’exécution et appliqué rigoureusement des systèmes simples et évidents qui peuvent se développer, soit grâce au hasard réel, soit grâce à la participation du spectateur.

– François Morellet, Du spectateur au spectateur ou l’art de déballer son pique-nique, 1971.