Fractura mundi

Vidéo, programmation (Processing), tailles et orientation variable, 2026.

Une vue plongeante sur une terre fragmentée — littoral et forêt saisis depuis l’orbite — livrée à l’algorithme comme matière première. Un regard qui ne cherche plus la proximité mais l’écart, le point de vue qui déréalise pour mieux révéler les structures cachées du visible.

Ce travail s’inscrit en creux d’une critique de l’image reine, cette photographie-symbole qui prétend résumer et clore le monde. La vue satellite en est l’exemple le plus manifeste : image totale et souveraine. Ici, l’artiste retourne cette autorité contre elle-même — le programme ne recopie pas l’image, il la lit comme un terrain d’opérations, où chaque pixel devient donnée de hauteur, de profondeur, de discontinuité.

Le désir de partir du réel demeure intact : forêt, fleuve, côte restent reconnaissables. Mais l’envie de s’en abstraire agit aussitôt, par étirements et bandes qui glissent comme des strates temporelles mal synchronisées — une recomposition incessante, où chaque zone semble traversée par un présent qui l’altère et la déplace, telle une mémoire qui s’effiloche.

Cette fragmentation dit l’essentiel : le réel n’est plus continu, il est segmenté, et l’individu doit sans cesse s’y repositionner. Les limites s’effilochent, s’étirent, se distordent — corruption d’un fichier autant que d’un paysage.

Et pourtant subsiste cette froideur clinique propre aux images satellites, où l’humanité, vue de loin, semble unifiée, absorbée dans la géographie qui l’englobe. Lebrun ne donne pas à voir la planète : il donne à voir la manière dont elle nous est donnée à voir — et tout ce qui, dans cette transmission, échoue, glisse, se répète et se déforme.