Entre deux

In between #6 (left) #8 (right)

14 éditions numériques enregistrées au format SVG dans la blockchain Tezos, 2026.

Évènements

Cette série orchestre la rencontre de deux espaces computationnels aux logiques distinctes. Le premier, bidimensionnel, gouverne le déplacement de particules soumises à des attracteurs étranges — des équations mathématiques qui produisent des trajectoires à la fois chaotiques et prévisibles. Le second, tridimensionnel, calcule une topographie invisible à partir de laquelle émergent des volumes géométriques. Les particules dérivent librement dans le plan jusqu’à rencontrer ces volumes ; elles suivent alors leurs surfaces, comme si un relief fantôme venait structurer leur mouvement.

Ce dispositif matérialise un pluralisme ontologique : deux façons radicalement différentes de modéliser l’espace coexistent sans jamais se fondre. D’un côté, l’imprévisibilité déterministe des systèmes dynamiques, où de petites variations initiales produisent des trajectoires divergentes. De l’autre, la géométrie euclidienne, cet espace organisé en volumes parfaitement définis. Leur interaction n’est ni fusion ni compromis, mais collision : chaque système opère selon sa propre logique jusqu’au point de contact, où leur incompatibilité devient visible.

Les compositions oscillent entre flux organique et diagramme. Les trajectoires dessinent des textures fluides évoquant des champs magnétiques ou des courants atmosphériques. Lorsqu’elles rencontrent les géométries, elles en révèlent progressivement les contours par accumulation, faisant émerger des formes qui semblent à la fois surgir du chaos et lui être étrangères. Cette apparition évoque les rendus filaires de la modélisation 3D primitive, mais aussi les phénomènes d’auto-organisation où l’ordre naît du désordre.

Dans cette dialectique entre flux et structure, chaos et géométrie, liberté et contrainte, ses compositions ne sont ni des fenêtres ouvertes sur un monde unifié, ni des écrans opaques qui nous en sépareraient totalement. Elles sont des surfaces vibrantes où s’inscrit la tension fondamentale de notre époque : celle d’un réel unique perçu à travers un prisme fragmenté de modèles et de représentations qui, loin de converger vers une vérité commune, continuent de diverger, de se chevaucher et de se contredire dans un mouvement qui semble sans fin.